Les enfants des Feuillantines

Les enfants des feuillantines – Célia Garino
Editions Sarbacane – roman dès 13 ans

Je lance le top départ  avec mon premier coup de cœur “Les enfants des Feuillantines” de Célia Garino. Lu en septembre dernier, ce roman m’a fait l’effet d’un chocolat chaud en plein hiver. Doux, sucré, réconfortant, cet ouvrage m’a tellement plu que je peine à le décrire de manière constructive. Empli d’humour, de références savamment placées, de personnages hauts en couleurs, la plume de Célia Garino est d’une richesse folle. Ce livre est une tranche de la vie des Mortemer, un instant T de leurs existences entremêlées qui ne peut pas laisser indifférent. Touchante à souhait, Il y a quelque chose d’universelle dans cette famille recomposée et dysfonctionnelle, “entre Timpelbach et sa majesté des mouches” comme le dit si bien Willa à la fin de l’histoire. Tout dans ce roman, oscille du burlesque au tragique, jusqu’à cette vieille maison surplombant la mer, à la fois austère et grouillante de vie, ponctuée par les allers-venu de Justin, le cochon et rythmé par les injures de Désiré.  

j’ai aimé chaque personnage pour ce qu’il apporte à l’histoire. Warren et Calliopé pour leur innocence, Brunhilde pour sa souffrance contenu et sa colère débordante, Isidor pour sa loyauté sans faille et ses tentatives d’entremetteur…mais le personnage qui m’a touché au-delà de tous les autres, c’est Désiré. Celle qui porte la famille à bout de bras, qui s’occupe de Granny, de sa sœur et ses cousins, qui accepte sans rechigner portée par cet amour infini qui la lie aux autres membres de la maisonnée.  

Que dire de plus à part que ce livre a maintenant une place de choix dans ma bibliothèque ? Simplement une dernière chose, ne vous privez pas de cette petite bulle de douceur qu’offre Célia Garino, pour ma part vous vous doutez que cette histoire sera lue, relue et feuilletée sans ménagement.

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Nuit étoilée

Nuit étoilée – Jimmy Liao
Editions Hongfei – album dès 9 ans

“Une drôle d’amitié entre une jeune fille incomprise de ses parents qui vient de perdre son grand-père et un petit garçon solitaire. Un jour, ils fuient leur quotidien difficile pour rejoindre la maison du grand-père et vivre un périple onirique qu’ils n’oublieront pas.”

“Nuit étoilée » est un album envoûtant, chargé de poésie et de symboliques fortes. Il aborde nombre de sujets sensibles tels que le deuil, l’absence, le harcèlement scolaire qui, comme toujours dans la littérature jeunesse, sont détournés, imagés et pourtant empreints de justesse. Le personnage principal, une petite fille qu’on ne nomme jamais, se lie dans sa solitude avec un petit garçon qui lui ressemble. Elle échappe à son mal-être, s’évade par l’imaginaire, grandit avec lui pour surmonter ses difficultés. Le travail d’illustration contribue grandement à la portée de l’ouvrage. Les couleurs, criardes du début, se nuancent peu à peu pour devenir à la fois douces et sombres, apportant une atmosphère sereine à l’histoire.  Au milieu, le lecteur pourra découvrir plusieurs doubles pages grandioses, illustrant des paysages fantastiques et fantasmagoriques en hommage à de nombreux artistes comme Van Gogh ou Magritte. Avec « Nuit étoilée” ne vous arrêtez surtout pas aux première pages car c’est un petit trésor à côté duquel il ne faut pas passer. 

“Il est pareil à une plante qui pousserait dans un labyrinthe, se moquant bien de savoir ou se trouve la sortie.  Alors que moi, je suis comme un oiseau en cage rêvant de s’envoler dans le vaste ciel.”

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Gloups (histoire vraie)

Gloups – Judith Chomel
Editions l’atelier du poisson soluble – album dès 7 ans

“Lili, 8 ans, habite une drôle de maison, avec de drôles de parents, sa grand-mère contorsionniste, et Josette, son iguane. « Collectionneuse de trésors », elle avale un boulon par mégarde et nous voilà embarqués à sa suite, à l’intérieur du corps de la jeune imprudente…”

Gloups c’est un condensé de surréalisme, avec juste ce qu’il faut de burlesque pour être complètement loufoque. Ce petit album casse tout les codes, c’est l’histoire d’une grand mère contorsionniste, d’un papa qui cuisine les plats les plus farfelus du monde, d’une maman aventurière et puis au milieu il y a Lili,  qui tout à coup avale un boulon, “gloups”! Que se passe-t-il ensuite? En quoi vas t’il se transformer. C’est ce que nous allons découvrir, suivant, tel des scientifiques, le cheminement du petit objet peu à peu digéré dans le corps de Lili. Ce livre est racontée à la manière d’un enfant, pleine d’extravagance de théorie candide et d’hypothèse tarabiscotée.  Agrémenté de photographie, la mise en page est maîtrisée à la perfection et rend notamment honneur au collage un art pourtant quelque peu tombé en désuétude. 

“Moi, j’observe, je récolte, j’analyse, je classe, je trie, j’examine, je compare, j’énumère, j’inventorie. Je suis une collectionneuse de trésors !Un jour, j’ai transformé ma chambre en LABORATOIRE de RECHERCHE et après, elle s’est transformée toute seule en CAPHARNAÜM !”

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Point de fuite

Point de fuite – Marie Colot et Nancy Guilbert
Editions GulfStream – Roman dès 13 ans

 
“Mona, lycéenne lumineuse, a tout pour être heureuse : une chouette famille, du talent pour le dessin, et depuis peu un amoureux prévenant et merveilleux. Elle ne remarque pas qu’insidieusement, ce dernier l’enferme dans une relation malsaine.”
 

Il est rare de voir un livre traiter avec autant de justesse la genèse d’une relation toxique. C’est avec une plume incisive et terriblement immersive que Marie Colot et Nancy Guilbert nous offrent ce témoignage glaçant de la manipulation humaine. Une fois commencé, il est quasiment impossible de lâcher ce livre, impossible de laisser ces personnages auxquels on s’attache si vite et qui nous prennent aux tripes. L’histoire de Mona est bouleversante, cette jeune fille pétillante, talentueuse, si vivante qui s’enfonce peu à peu dans une relation malsaine. la violence qui s’installe dans son quotidien, insidieusement, la cruauté masquée par des sourires charmeurs, des déclarations grandiloquentes mais vides de sens, ce livre interroge, remet en question ce que nous pensons et croyons voir des couples qui nous entourent. Malgré tout, cette histoire n’est pas qu’un pamphlet sur la violence conjugale, c’est également une magnifique œuvre sur la résilience, l’espoir et l’entraide.

“Dans la voiture, Joshua pousse un gros soupir.
– Ce repas était d’un pénible ! Tu aurais pu essayer d’écourter. Je donne ma première conférence mercredi et je n’ai pas de temps à perdre, surtout avec des gens aussi insignifiants. J’ignore lequel des quatre est le plus désespérant. Ta sœur qui parle de bébé ? Mathis et son sourire de ravi de la crèche ? Tes parents, ces parvenus qui se prennent pour des globe-trotters alors qu’ils n’y connaissent rien ? Vivement dans quinze jours, qu’ils soient dans l’avion et nous fichent la paix !
Pendant qu’il déverse son venin, la voiture accélère et l’aiguille grimpe sur le compteur.
– J’aimerais que tu conduises moins vite, s’il te plait.
– Ta gueule ! Tu l’as fermée toute la soirée et tu l’ouvres pour me donner des ordres ?
Ses pupilles sont en feu. Je détourne immédiatement le regard. Je veux qu’il fixe la route, je ne veux pas d’accident, pas de problème, juste le calme, le calme, oui, le calme et le silence.”

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L’année de grâce

L’année de grâce – Kim Liggett
Editions Casterman – Roman dès 13 ans

C’est un roman brutal, violent et poétique. L’année de grâce dépeint un monde dystopique, sans repères temporelles, où les femmes sont vouées à être rejetées : toutes coiffées de la même façon, punies au moindre écart et mariées à 16 ans, elles représentent une masse unidimensionnelle dans une société hiérarchisée. Tous les regards, critiques ou envieux sont tournés vers elles, sauf pendant l’année de grâce. Lors de l’année de grâce, toutes les jeunes femmes sont isolées de la société, et sont envoyées survivre un an dans la forêt, loin du regard des autres. Elles sont ici pour expier toute leur magie et réintégrer la société en étant à nouveau dociles et soumises. Toutes partent, mais pas toutes ne reviennent.
Tierney est l’une des des jeunes femmes sacrifiées cette année, mais elle ne compte pas se laisser faire. Le roman nous plonge dans la tête de cette adolescente qui analyse du mieux qu’elle peut tout le système dans lequel elle vit, et les dangers qui l’entourent. On plonge dans la folie de toutes ces jeunes filles qui sont menées au désespoir jusqu’à ce qu’elles perdent leur magie, quoi qu’elle soit…

“Pourtant, dans ce lieu maudit ou la peur, la colère et le ressentiment grandissant en moi, je ne me sens toujours pas magique. Je ne me sens toujours pas puissante. Je me sens abandonnée.”

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Elles – Sophie Rigal-Goulard

Elles- Sophie Rigal-Goulard
Editions Rageot – Roman dès 13 ans

Les parents de Marina viennent de se séparer, elle a emménagé avec sa mère et son petit frère dans une nouvelle ville. Nouvelle vie, nouveau collège… Et une mère qui perd pied…

“Elles” c’est un petit roman qui ne paie pas de mine, il n’a l’air de rien comme ça et pourtant il a quelque chose de bouleversant. Écrit à la manière d’un témoignage, il est sans fioriture, empli d’oralité, construit sur une année scolaire, il se déroule de septembre à juin, au rythme des saisons. Elle, c’est d’abord Marina, une jeune fille de quatorze ans dont les parents viennent de divorcer et qui porte un poids trop lourd sur ses épaules. Responsable avant l’heure, elle est obligée de s’occuper de son petit frère, des courses, du collège et de sa mère, car “elles” c’est aussi l’histoire de cette mère de famille perdue qui a plongé dans l’alcool suite au divorce et se noie complètement. Leur quotidien est rythmé par les mensonges, agrémentés de faux -semblants, de sentiments ambiguës, de déceptions et d’instabilité, leur famille s’enlise, dérive et s’étiole sans parvenir à stopper la chute imminente qui les attend. En parallèle, il y a Justine, prof documentaliste du collège qui va peu à peu se lier à la jeune fille. A l’aide de lecture telles que Ravage ou Jane Eyre, Justine va apprivoiser Marina, repérant sa détresse et se reconnaissant à travers cette adolescente perdue, son histoire et ce mal-être palpable. 

“L’espace d’un instant, je me suis demandé si j’étais toujours dans mon cauchemar. Elle était affalée sur le paillasson, devant chez nous. Couchée en chien de fusil. Elle a bougé quand j’ai touché son épaule. Elle puait parce qu’Elle avait vomi. Je me suis mise en conduite automatique. Quand Elle est dans cet état, je sors de mon corps. Il y avait deux urgences : que les voisins ne la voient pas comme ça et que Vania ne se réveille surtout pas.”

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Ginette Kolinka, survivante du camp de Birkenau

Ginette Kolinka, survivante du camp de Birkenau – Ginette Kolinka et Marion Ruggieri
Editions Rageot – Documentaire dès 11 ans

France, mars 1944. Ginette Kolinka est arrêtée avec quelques membres de sa famille, puis déportée en Pologne, où elle sera enfermée et exploitée dans le camp d’Auschwitz-Birkenau. C’est un récit dur, violent, mais nécessaire. Ginette Kolinka, née en 1925, nous parle sans détour de sa vie dans le camp de concentration de Birkenau. Elle nous livre sans détour ni filtre son vécu, ses pensées, ses souvenirs effilochés par le temps et la douleur. Elle y raconte en détails le travail quotidien, la peur, la crasse, les copines, et l’après.

A la fin du livre se trouve un dossier pour mieux comprendre la seconde guerre mondiale, ainsi qu’un lexique, ce qui fait du libre un très bon matériel d’étude. On y trouve également des questions posées par des élèves de troisième, auxquelles Ginette Kolinka a répondu.

« 16 avril 1944. Le train s’arrête enfin. J’ai l’impression d’avoir somnolé tout ce temps. Derrière la porte, on entend des voix qui crient, les chiens qui aboient, le bruit des gonds que l’on déverrouille : un air vif pénètre le wagon, comme c’est bon ! Après ces heures passées recroquevillés dans la pénombre et la puanteur. Combien de jours, de nuits ? On me dit trois jours et trois nuits, alors je répète, trois jours et trois nuits. »

Ginette Kolinka, survivante du camp de Birkenau, Ginette Kolinka et et Marion Ruggieri, ©Rageot, 2020

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La ville sans vent

La ville sans vent – Eléonore Devillepoix
Editions Hachette – Roman dès 13 ans

« A 19 ans, le mage Lastyanax devient ministre d’Hyperborée, après le mystérieux assassinat de son mentor. Dans cette ville sous dôme administrée par la magie, complots et assassinats annoncent des temps troublés où notre héros, secondé par sa jeune disciple Arka, amazone de 13 ans, doit deviner d’où viendra l’attaque contre sa cité. »

Avis après lecture:

La “ville sans vent” est un petit régal pour les yeux, ce savant mélange de noir et blanc, parsemé d’or et d’ornement rend véritablement hommage à l’histoire. L’univers d’Eléonore Devillepoix est riche, fourmillant de détails et de clins d’œil à diverses mythologies ou contes fantastiques. La ville d’hyperborée, représentée sur la couverture et lieu principal de l’intrigue, constitue une formidable allégorie sous dôme des clivages sociaux. Ville surélevée, chaque niveau correspond à une caste, la misère reléguée aux bas-fond et à la crasse, les mages et les personnes d’influences ayant droit au sommets de la ville et à l’air purifié. 

Mais le cœur de l’histoire c’est avant tout ces deux protagonistes Lastyanax et Arka. Le premier est un mage de 19, brillant qui se retrouve catapulté au centre du pouvoir, la deuxième est une jeune adolescente de 13 ans, bagarreuse mais déterminée, ils sont deux faces d’une même pièce que l’on apprend vite à apprécier. Leur dynamique est l’atout principal de l’histoire. La relation disciple/mentor qui les lie est rafraîchissante et change d’une histoire d’amour redondante et attendue. L’intrigue est bien menée, les rebondissements s’enchaînent, avec leurs lot de mystère et retournement de situation qui laissent ce premier tome dans l’attente furieuse du deuxième. 

« – C’est fermé à clé. Vous savez forcer une serrure, Maître ?

– Je suis mage.

– Y a rien d’incompatible. »

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